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Bulletin du jeudi 30 avril 2026
jeudi 30 avril 2026, par
Observations
En cette veille de 1er mai, la France fut coupée en deux : une moitié sud-ouest sous les nuages, parfois les pluies et même les orages, après une nuit très douce, une moitié nord-est sous un soleil généreux et une chaude après-midi de printemps après une nuit fraîche.
Le matin, il était déjà relevé 18,7°C à la StatIC de Biot (Alpes-Maritimes), 18,3°C à la StatIC du Luc (Var), 17,4°C à celle de Sorèzes (Tarn) ou encore 16,9°C à celle de Vouillé (Deux-Sèvres).
À l’inverse, sous les 500 mètres d’altitude, il ne faisait que 1,5°C à la station Météo-France de Auberives (Haute-Marne), 1,8°C sur celle de Conflans-sur-Lanterne (Haute-Saöne), 2°C à celle de Turquestien-Blancrupt (Moselle), 2,3°C à celle de Bonzee (Meuse), ces quatre stations étant toutefois de plus basses qualités (classe 4 ou 5).
L’après-midi, le mercure est monté jusqu’à 28,6°C à la station Météo-France de St Florent sur Cher (Cher), 27,9°C à Calvi (Haute-Corse), 27,7°C à Villefranche sur Saöne (Rhône), 27,2°C à la StatIC de Trelly (Manche).
Les régions sans nuages ou presque ont vu les thermomètres nocturnes plonger, contrairement aux autres où les valeurs stagnaient à de hauts niveaux. L’après-midi, le phénomène s’inverse : les nuages et l’humidité ambiante limitent fortement la hausse des températures alors que le rayonnement solaire chauffent efficacement en cette toute fin avril.
Les cumuls provisoires de précipitations pour ce 30 avril sont déjà de 44 mm à Selonnet (Alpes de Haute Provence), 33 mm à Chamrousse (Isère), 30 mm à Viry (Jura), 32 mm à Beaucaire (Gers), 28 mm à Saint André de Lidon (Charente-Maritime), 19 mm au mas d’Azil (Ariège).
Les précipitations permettent de dégager deux zones aux contextes distincts :
– les reliefs, Alpes, Jura, Massif central et Pyrénées avec des averses orageuses dues notamment à l’apport d’humidité méditerranéenne et aux forçages orographiques initiant la convection. Les secteurs côtiers étaient épargnées malgré des nuages tenaces ;
– la façade atlantique, de la Bretagne à l’Aquitaine, avec une douceur et humidité océaniques et un soulèvement des parcelles d’air à l’avant d’un front froid.
Situation générale
Les lignes cyan marquent les isohypses de la hauteur du géopotentiel à 500 hPa (lignes d’égales altitudes révélant la topographie en moyenne troposphère, soit aux environs de 5500 mètres).
La première image montre la « convection profonde ». Celle-ci apparaît sous des teintes rouge à jaune vif.
En jaune vif sont les courants ascendants les plus puissants, tels ceux détectés au sud des Açores, en sortie d’un max local de Jet?. Les points jaunes sur la France, l’Algérie ou encore la Turquie sont dus au Lightning Imager [2] qui permet d’évaluer la densité d’éclairs au sommet des cumulonimbus.
Un élément synoptique important se remarque d’emblée, centré entre mer du Nord et Danemark, grâce aux isohypses (cf légende de l’animation). Une structure en oméga Ω est en effet présente, formée par ce cœur anticyclonique chaud et deux pieds dépressionnaires, l’un au sud-ouest du cœur, du sud de l’Irlande aux Açores et au Portugal, le second au sud-est depuis les confins du nord-ouest russe aux Balkans, en passant par l’Ukraine.
La circulation atmosphérique tempérée s’effectuant de l’ouest vers l’est en suivant grosso modo les isohypses, sur le premier pied, de l’air chaud et humide venu de l’Atlantique subtropical remonte sur le proche-Atlantique, l’Irlande puis la Norvège.
Sur le second pied, de l’air froid descend de la Finlande et de la mer de Kara sur l’Europe orientale et l’Adriatique. C’est typique de ces structures en Ω qui favorisent les échanges thermiques méridiens, entre Tropique et Pôle et tente de rééquilibrer la machine thermique terrestre.
Sur le pied gauche, trois sous-ensembles se distinguent du sud au nord :
– au sud-ouest des Açores, sous l’anticyclone éponyme, cette goutte froide en est presque indépendante. Elle semble active, eu égard à la forte activité orageuse sur son flanc sud-est. La petite dorsale en aval et son éloignement ne plaident pas pour une influence en Europe ces prochains jours.
– au nord immédiat des Açores, la seconde goutte froide pourrait nous influencer mais elle ne génère que peu de convection profonde. Elle est probablement en phase de comblement avec une homogénéisation progressive de la structure thermique des basses couches vers le haut.
– enfin, au sud-ouest de l’Irlande, la troisième sous-structure n’est pas totalement isolée en goutte froide et on perçoit un probable front froid depuis les Spitzberg jusqu’à elle. Cela permet l’éclosion d’une activité convective sur l’Irlande et sur le flanc sud-ouest. La présence de l’anticyclone des Açores à proximité autorise l’advection d’air plus frais, éventuellement cyclonique. Cela favoriserait au moins une plus longue durabilité du thalweg/goutte froide.
Un autre élément est la durée d’une structure de type Ω, de l’ordre de plusieurs jours qui peut aisément se muer en blocage Ω d’une à deux semaines. Il ne s’agit pas d’hypothéquer cette dernière option mais simplement la première : quelques jours sont suffisants pour maintenir ce courant de SW sur l’ouest de l’Europe : douceur et humidité pour des salves orageuses plus ou moins organisées. D’autant plus si le thalweg/goutte froide continue ou se renforce comme anticipé.
Les autres images satellites étayent cette prévision des conditions synoptiques.
L’imagerie « airmass? » montre les advection d’air subtropical depuis le large des Canaries et des côtes marocaines jusqu’à la péninsule ibérique (bleu-vert). À l’opposé, de la Scandinavie aux Balkans, les nuances violacées expriment plutôt l’origine nordique/arctique de la masse d’air.
Les rubans rouges matérialisent les anomalies basses (négatives) de tropopause tandis que le Jet polaire est renvoyé très au nord, du Groenland et de l’Islande à la Finlande pour redescendre sur l’Europe orientale. Le Jet subtropical est lui très au sud, de la Mauritanie au sud algérien puis la Libye avant de se diriger sur le sud de la mer Noire.
L’imagerie « cloud phases » confirment les activités convectives d’une part, notamment au sud-ouest des Açores, les massifs de l’Atlas et du Hoggar, la Turquie et, bien entendu, sur notre sud-ouest. La couleur bleutée indique des cristaux de glace dans les couches supérieures des nuages. Un bleu pâle tend à suggérer de petits cristaux contrairement à un bleu plus soutenu. De petits cristaux peuvent être interprétés au sein de cellules orageuses jeunes ou puissantes (courants ascendants intenses freinant l’agrégation en gros cristaux pendant l’ascension). De gros cristaux peuvent suggérer des cellules matures ou des structures mixtes stratiformes et convectives.
Le front froid est visible des Spitzberg au large de l’Irlande sous la forme d’un mince ruban ocre-rose, mélange d’eau liquide et solide. Son inflexion est claire au nord-ouest de la (presque) goutte froide ce qui conforte l’hypothèse d’une possible advection cyclonique froide pour un maintien de la configuration.
Anecdotiquement, la neige, en bleu roi, explose à l’œil sur les Alpes scandinaves (sud de la Norvège, les nuages la cache plus au nord).
L’image « vapeur d’eau » permet d’évaluer notamment les advections humides, les anomalies de tropopause, les zones actives et baroclines.
Plus les gris sont clairs, plus l’humidité est présente et inversement.
Il n’y a pas de fortes anomalies de tropopause qui apparaîtraient très sombres mais plusieurs de faibles intensités. Toutefois, on constate des gradients relativement resserrés comme au sud-ouest immédiat de l’Irlande, l’Angleterre et l’Écosse, les Pyrénées ou encore le sud de l’Europe, des Alpes à la Roumanie. Pas de grandes perturbations mais plusieurs zones actives régionales. Par ailleurs, le front froid déjà cité est supporté par le gradient le plus fort.
Les bouffées humides remontant à la fois de Méditerranée et des Canaries convergent vers la France, anticipant des sales orageuses ces prochains jours.
L’image « visible » illustre ces éléments tels la stabilité de l’air sous le cœur anticyclonique de l’Ω.
Les points jaunes et rouges montrent l’activité électrique des orages durant les dernières heures.
Le trait vertical, rajouté par mes soins, est un repère marquant l’axe de l’anomalie négative locale de tropopause (en violet, valeurs inférieures à 2 de la vorticité potentielle) ayant favorisé l’éclosion d’orages sur le sud-ouest français.
À petite échelle, une anomalie locale de tropopause a favorisé les orages sur notre sud-ouest. Elle se montre à l’étage moyen sur les isohypses précédents comme le petit rond sur les côtes landaises.
La tropopause s’y abaisse entre 400 / 450 hPa (isolignes violettes entre 1,5 et 2 PVU) sur la coupe « Potential vorticity ».
La coupe « Omega » montre les mouvements verticaux de l’air : négatif (rouge) ce sont des ascendances?, positif (bleu), ce sont des subsidences?. Les ascendances élèvent l’air chaud et humide de surface vers des altitudes où l’environnement est plus froid et la pression plus baisse. La condensation qui y résulte forme les nuages de type cumulonimbus, à l’avant de l’anomalie.
Enfin, la coupe « Convergence (rouge) / Divergence (bleu) » indique des secteurs boostés pour une convection profonde. La convergence près de la surface à l’avant de ’anomalie tend à amplifier les ascendances (l’air ne pouvant pas descendre plus bas que le sol), la divergence en haute troposphère agit de concert. Les orages éclatent.
En amont de l’anomalie, à gauche du trait, l’air devient subsident, l’air s’assèche, la convection profonde est inhibée.
Évolutions
Le courant de SW se maintient, le déplacement vers l’est du front est lente, orages et averses concernent la France en plusieurs salves.
Comme décrit précédemment, le courant de SW doux et humide perdurerait ces prochains jours. Le front progresse très lentement vers l’est, en fonction de l’évolution de l’Ω. Plusieurs salves orageuses affecteront le pays, d’abord à l’ouest et gagnant petit à petit un grand sud-est.
Le transit du thalweg devrait être long, au moins cinq jours, avant d’atteindre et de se combler sur l’Europe centrale, toujours en fonction de l’Ω. Ensuite, une période plus calme, de col ou de marais, serait présente avant la possible arrivée d’un nouveau thalweg vu pour l’instant plus incisif que celui qui nous concerne actuellement. Les échéances étant très lointaines, on retiendra que c’est le scénario majoritaire pour le moment mais qu’il est largement à confirmer.
Prévisions
- Vendredi 1er mai
Le temps est très nuageux à couvert sur l’ouest. Des averses parfois orageuses éclatent du Poitou au Centre et à l’Île de France jusqu’à la Normandie et peut-être l’est de la Bretagne. Elles gagnent en fin de journée/soirée les Hauts de France et la Champagne.
Les radiosondages réalisés aujourd’hui par Météo-France à la station de Trappes (Yvelines) montrent des conditions devenant de plus en plus instables. Entre autres, la DCAPE est en hausse atteignant 700 J/kg à 12h TU.Comme ce contexte instable poursuivrait son évolution, des rafales, peut-être fortes, sont à anticiper sous des cellules orageuses plus vigoureuses.
D’autres averses orageuses, pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui, concerneront les Pyrénées, le Massif central et les Alpes. Cependant, les conditions de surface se normalisent, ces averses devraient être moins fortes qu’aujourd’hui. L’Aquitaine pourrait être exposée en fin d’après-midi.
Le vent? d’est est encore présent en matinée entre Corse et continent puis mollira, à l’inverse de l’Autan.
De 3 à 8°C sur le nord-est, les matinales atteindront ailleurs les 8 à 13°C en général, localement 15 à 16°C.
L’après-midi, le thermomètre oscillera de 20 à 25°C sur la plupart des régions, un peu moins près de la Manche, un peu plus en val de Saône et à l’avant des orages.
- Samedi 2 mai
Une dégradation plus franche du temps affectera l’ouest du pays, de la Bretagne et de la Normandie à l’Aquitaine.
Les intensités pourront être localement fortes, accompagnées de rafales, surtout au sud. Des cumuls de 20 à 30 mm sont possibles dans ce cas, ponctuellement davantage en peu de temps. L’activité électrique serait présente.
Sur la moitié est, le temps serait nettement plus calme avec un voile nuageux se densifiant en cours de journée.
L’Autan se maintiendrait, le vent de sud serait sensible en vallée du Rhône et sur la façade atlantique.
Les matinales grimperont de quelques degrés sous ce courant de SW humide. Les maximales seront en nette baisse sur le nord-ouest, entre 15 et 20°C, voire moins sur la Bretagne et la Normandie. Elles baisseront plus modérément ailleurs en raison de l’ensoleillement dégradé, autour de 22 à 25°C, peut-être plus en Alsace. À noter que les points de rosées sont prévus très bas sur la moitié est, avec des valeurs proches de zéro, même négatives, l’après-midi, rendant l’air particulièrement sec.
- Dimanche 3 mai
La perturbation avance lentement et se retrouverait des Pyrénées à la Normandie et à la Belgique.
Les intensités et les cumuls baisseraient d’un cran par rapport à la veille mais pourraient encore être conséquents sur le sud-ouest.
Des ondées et un temps couvert concerneraient le pourtour du golfe du Lion.
Les minimales resteraient partout au-dessus des 10°C en plaines, voire des 15°C près de l’Allemagne.
Les maximales évolueraient de 15 à 20°C au nord, jusqu’à 22-24°C au sud.
- Lundi 4 mai
Une nouvelle séquence pluvio-orageuse affecterait le pays.
La moitié sud semble plus plus exposée, la moitié nord serait partiellement en retrait.
Les orages pourraient être localement violents et/ou intenses, notamment et pas seulement, autour du golfe du Lion (en mer, dans les terres ?), le sud-ouest du Massif central, les Pyrénées. Ponctuellement, des cumuls à 3 chiffres en 24h sont possibles.
Sur la moitié nord, les orages seraient plus disparates et moins organisés.
Le vent de sud resterait sensible sur le sud-est du pays. Le vent serait plus discret ailleurs.
Les minimales oscilleraient autour de 10-12°C, probablement plus basses sur le nord-ouest à l’arrière du front.
Les maximales baisseraient assez fortement sous cette agitation, entre 15 et 20°C, peut-être moins sur l’est.
- Mardi 5 mai
Les orages, potentiellement forts à violents, régresseront lentement vers le sud-est, affectant le sud-est mais probablement aussi une large partie du sud-ouest jusqu’aux frontières allemandes en incluant le Massif central.
Les pluies pourraient être intenses et des cumuls à trois chiffres sont une nouvelle possible près de la Méditerranée, Corse comprise. Ce sera à préciser ultérieurement.
Sous l’air froid postérieur au front, les températures garderaient une certaine fraîcheur surtout en journée, combiné à un faible ensoleillement (sauf peut-être sur le nord-ouest ?).
- Mercredi 6 mai
Le front poursuivrait son lent cheminement. Les pluies et orages diminueraient mais de nombreuses incertitudes demeurent.
Les températures évolueraient peu.
- Jeudi 7 au dimanche 10 mai
Le temps se calmerait peu à peu avant une éventuelle dégradation en cours de week-end.
Les températures remonteraient.