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Bulletin du 11 avril 2026

samedi 11 avril 2026, par sb

Animation satellitaire « geocolor » heure par heure des trente dernières heures.
Hier après-midi, un front froid entrait par notre nord-ouest et forçait une convection humide à l’avant. Des orages ponctuellement forts ont été observés plus à l’est.
Loin sur l’océan, au sein d’un courant doux et humide de SW au sud du Jet?, matérialisé par un large ruban nuageux, une cyclogénèse s’initie puis devient explosive.
© Eumetsat

Après le front froid d’hier sur le nord de la France, dont on voit encore le passage sur l’animation, une dépression s’initie (cyclogénèse) grâce à une petite anomalie de surface : l’équilibre rectiligne est rompu, la direction du vent? entame une légère rotation autour de l’anomalie. Elle s’amplifie.
Elle évolue modestement, son creusement est relativement lent tant qu’elle reste sur le flanc sud (chaud) du Jet?. C’est classique. Tout aussi classique est l’accélération du creusement une fois que la dépression passe sous le Jet puis se retrouve sur le côté polaire. Cependant, cette cyclogénèse est devenue explosive en sortie gauche de Jet (dans le sens de direction du Jet, en bout du la zone de sa vitesse maximale, sur la gauche).
Entre le 9 à 12h TU et le 10 à 12h TU, son centre a perdu 50 hPa (de l’ordre de 1015 hPa à 965 hPa), sous un courant-Jet dépassant les 300 km/h ! La pression estimée est descendue sous les 960 hPa au plus bas.

Le maximum du courant-Jet? est en orange-brun. Les lignes rouges délimitent les principaux secteurs avec divergence au même niveau d’altitude.
Le creusement s’amplifie en se rapprochant du Jet, côté subtropical. Il explose en sortie gauche.
© ECMWF pour les données
Au niveau 850 hPa, les advections de températures se renforcent, les gradients se resserrent considérablement, accentuant la cyclogénèse. Les secteurs inter-frontaux et les fronts sont clairement discernables.
Puis les gradients thermiques se relâchent, les advections ne sont plus homogènes, la dépression entre alors en phase de comblement (cyclolyse). Les advections de vorticité et d’humidité ne sont pas montrées.
© ECMWF pour les données
Images satellites « convection », « cloud phases » et « water vapor ».
Les deux premières se complètent et se confortent l’une l’autre. La convection permet de repérer notamment les secteurs convectifs les plus actifs (plus le jaune est vif plus le secteur est algorithmiquement fortement convectif). La phase de l’eau dans les nuages permet d’évaluer la vigueur des courants ascendants. Le bleu grisé révèle la présence de cristaux de glace en abondance. Typiquement dans les secteurs convectifs, plus le bleu est pâle, plus les cristaux sont petits, plus l’agrégation de l’eau surfondue a été courte au sein du courant ascendant avant d’atteindre les sommets de nuages, donc plus le courant est puissant. Et inversement vers des bleus plus soutenus, indiquant des gros cristaux.
Anecdotiquement, la neige se distingue en bleu nuit sur les Alpes scandinaves.
La troisième permet d’estimer les éléments synoptiques et leurs évolutions. En gris très sombres, les régions très sèches à hautes altitudes, marquant souvent des anomalies basses de tropopause (intrusion d’air stratosphérique vers le bas), les courants-Jet? étant à proximité immédiate des gradients de gris les plus intenses, côté humide (gris plus clairs). Les masses humides (gris) fournissent la courbure de l’écoulement.
© Eumetsat

La dépression génère des vents tempêtueux sur son quadrant sud-ouest, fort heureusement loin des côtes. L’Irlande et la France ont placé quelques secteurs en vigilance jaune pour le vent.
Sur les terres, à 15h TU, il est relevé 85 km/h en vent de SW sous des averses devenant faiblement orageuses pour 5°C et 995 hPa en baisse, à Cork (sud de l’Irlande) ; et 91 km/h à Roche’s Point pour 8°C, plus proche des côtes [2].
En France, des rafales de 50 à 70 km/h ont été fréquemment enregistrées près de la Manche, localement 80 à 90 km/h et près de 100 km/h à Ouessant.

L’humidité en basses couches associée à de l’air devenant plus froid en altitude dans un contexte faiblement cyclonique favorisent l’éclosion d’orages peu intenses sur l’ouest de l’Europe.
Entre Maroc et Algérie, la goutte froide déstabilise la masse d’air pour d’autres orages.
© Infoclimat.fr
En 48 heures, la vague de chaleur régresse. Le flux se redresse également. Enfin, le contraste entre l’ouest et l’est s’accentue sur cette dernière journée, notamment sur la France. Il annonce l’accentuation de la fraîcheur aux courtes échéances.
© Infoclimat.fr

Une bande pluvio-orageuse s’étire aujourd’hui du sud-ouest au nord-est. En cette fin d’après-midi, les valeurs cumulées oscillent de 5 à 15 mm, localement plus, jusqu’à 25 mm. Le front froid progresse lentement. L’air froid à l’arrière progresse d’autant.

Prévisions

  • Dimanche

Le front tend à se redresser avec la remontée de la goutte froide du nord-est de l’Afrique sur le sud de la Méditerranée.
La dépression entre Islande et Écosse se comble, les gradients se desserrent considérablement.

L’axe pluvieux s’étend sur le nord-est, le Massif central jusqu’aux Pyrénées et au golfe du Lion. Il neige à partir de 1000 m environ, parfois plus bas mais vers les 1800 à 2000 m sur les Alpes où le front n’est pas encore parvenu. Des éclaircies sont attendues sur PACA et en Corse, toutefois des averses, le plus souvent faibles, sont possibles.
Des Hauts de France à l’ouest des Pyrénées et à la Bretagne, les nuages sont nombreux, souvent épais, avec des averses plus fréquentes sur le nord-ouest avec localement un orage faible.

Le vent est faible à modéré. En Méditerranée, la Tramontane se lève et le Grecale se ressent.

Les minimales s’échelonnent entre 0 et 5-6°C, jusqu’à 8-10°C près de l’Atlantique et 10-12 voire 15°C près de Grande Bleue.
Les maximales varient de 10 à 15°C, parfois moins sous l’axe des précipitations. Seul le Languedoc voit ses thermomètres atteindre les 15°C et PACA - Corse voient les siens franchir les 20°C.

  • Lundi

Le thalweg atlantique s’évacuerait par la mer du Nord. La goutte froide poursuit sa trajectoire. En surface, elle se comblerait en mer Tyrrhénienne.

Les pluies persisteraient du nord-est au Massif central avec de la neige au-dessus des 1000 m environ. D’autres précipitations affecteraient les Pyrénées, sous forme solide au-delà 1000-1200 m à priori.
Les précipitations pourront être intenses sur les versants italiens des Alpes, avec de la neige en abondance en altitude (1800-2200 m). Ces précipitations peuvent déborder sur les cimes et hautes vallées frontaliers.
Un risque moins marqué de fortes pluies est également présents sur la façade orientale de la Corse. Un retour d’est peut s’engager sur PACA, la convergence avec le Mistral pouvant générer un axe précipitant modéré.
Ailleurs, les averses parfois orageuses seraient de rigueur, entrecoupées de timides éclaircies.

La Tramontane resterait forte, le Mistral se lèverait modérément et le Grecale mollirait lentement.

Outre les zones de reliefs, des gelées pourront apparaître au petit matin de la Vendée à la Bretagne et à la Basse-Normandie. Les températures seraient comprises entre 2 et 7°C ailleurs, jusqu’à une dizaine de degrés sur la Côte d’Azur et le rivage corse.
Durant l’après-midi, deux ou trois degrés de plus que la veille sont probables sur l’ouest du pays. Sur l’est, les valeurs plafonneraient de 8 à 12-13°C. Les 20°C ne devraient plus être atteints, même sur la Côte d’Azur et la Corse.

  • Mardi

Des conditions anticycloniques s’installeraient par l’Atlantique.

Un temps plus calme, des nuages moins nombreux et moins épais caractériseraient cette journée. Quelques averses résiduelles en matinée pourraient survenir près des frontières de l’est.

Le Mistral et la Tramontane molliraient.

Un risque de faibles gelées subsiste dans l’intérieur du pays alors qu’un redoux interviendrait par les côtes atlantiques.
L’après-midi, la hausse du mercure se confirmerait sur l’ouest et le sud, gagnant lentement vers le nord-est.

  • Mercredi

La dorsale demeure sur le pays, entre une dépression au large de l’Irlande et la goutte froide vers la Sicile.

Un temps calme prédominerait.
Il est possible que les franges d’une perturbation britannique affectent le nord-ouest, probablement une nébulosité plus dense et quelques ondées. À l’opposé, la goutte froide sicilienne favoriserait une convection diurne sur l’Île de Beauté.

Mistral et Tramontane souffleraient avec douceur.

Les gelées devraient disparaître totalement, hormis en montagnes. Il ferait doux sur l’ouest.
En journée, la douceur continuerait : des valeurs de 15 à 20°C sont largement envisageables, davantage sur le sud-est.

Différences entre les simulations des 2T d’IFS? 49r1, actuellement opérationnelle, et la version 50r1 qui le deviendra le mois prochain.
En brun, les valeurs de la version 49r1 sont plus élevées que celles simulées par la version 50r1. En bleu, c’est l’inverse.
Les cartes sont disponibles à ce lien.
© ECMWF pour les données
  • Jeudi

Quelques incertitudes se présentent : la configuration actuellement prévue est celle d’un col entre deux zones dépressionnaires, l’une entre Islande et Irlande, l’autre en Méditerranée centrale, et entre deux crêtes d’altitude, l’une sur le nord-est de l’Europe, l’autre sur la péninsule ibérique.

Le temps devrait donc être globalement calme et ensoleillé mais selon la configuration finale, des évolutions orageuses diurnes peuvent être anticipées ou une perturbation affaiblie peut transiter sur les régions du nord.

Là aussi, les températures seraient tributaires de la configuration finale. Cependant, le scénario majoritaire s’oriente vers des matinales plus fraîches que la veille, grâce à un ciel clair et sans vent, et des maximales en hausse, en raison d’un bel ensoleillement.

  • Vendredi, Samedi, Dimanche

Peu d’évolutions sont prévues vendredi sur les conditions à échelle synoptique. Toutefois, un thalweg atlantique est simulé pénétrer le pays durant le week-end. Les incertitudes restent nombreuses.

Une évolution orageuse ou une perturbation pourrait concerner le pays samedi et/ou dimanche.

Les températures ont de grandes chances d’être en hausse vendredi.
Elles devraient fléchir en journée ensuite tout en restant au-dessus des normes.

Anecdote

Je souhaitais publier ce bulletin hier, centré sur le week-end à venir.
J’avais récupéré les données binaires d’IFS? depuis les serveurs d’ECMWF pour générer les cartes d’advections de température. Ce fut chose faîte.
Je me suis alors aperçu que les cartes générées clochaient. Les advections manquaient de logique. J’ai vérifié les macros, tout semblait en ordre. Pour éviter de s’énerver avant d’aller se coucher, j’ai remis au lendemain, c’est-à-dire à aujourd’hui, la réalisation du bulletin.
Pris dans une idée fixe, il me fallut un petit moment avant de comprendre que ce n’était pas les macros qui étaient en cause, mais l’organisation des messages dans le fichier binaire source (les fameux GRIB).
Un message contient schématiquement les données nécessaires pour coder un paramètre. Par exemple, la température, t, à 850 hPa, est dans un message. La température à 850 et 500 hPa sont dans deux messages. Si on y ajoute la hauteur du géopotentiel et les composantes zonales et méridiennes du vent à ces mêmes niveaux, 8 messages seront obtenus.
Mais l’ordre des messages au sein du fichier GRIB n’est pas forcément alphabétique. J’avais omis de le vérifier. Plutôt que d’appeler les paramètres par leur nom, comme je fais habituellement, je les ai appelé par leur numéro d’ordre. Parfois, le hasard fait bien les choses, parfois pas.
Pour la femme d’écrire deux lignes de plus, j’ai perdu une journée (bon, j’ai fait autre chose en ce dimanche ...! mais quand même).
Du coup, la prévision s’étale sur la semaine !

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