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Vague de chaleur - canicule juin 2026
dimanche 14 juin 2026, par
Le scénario à vague de chaleur poursuit malheureusement sa progression. L’incertitude concerne son intensité et sa durée.
- Son intensité : les risques caniculaires resteront-ils régionaux ou nationaux ?
- Sa durée : quels risques au-delà du prochain week-end ?
De façon générale, le risque de franchir les 40°C s’élève :
- sur le sud-ouest à compter de jeudi de façon faible, à compter de vendredi de façon modérée ;
- sur le Poitou, le Centre voire l’Île de France, vendredi à dimanche de façon faible pour le moment.
De façon générale, le risque de franchir les 35°C s’élève :
- sur les deux-tiers sud-est de la France dès mercredi jusqu’à samedi, voire davantage.
De façon générale, le risque de ne pas descendre sous les 20°C la nuit s’élève :
- sur la quasi-totalité du pays, hormis les littoraux de la Manche, de façon plus ou moins localisée mercredi puis s’étendant ensuite.
De façon générale, il existe un risque d’une seconde salve de très fortes chaleurs :
- à compter de dimanche 21 juin pour plusieurs jours.
Enfin, un risque d’orages forts à violents existe :
- sur une partie plus ou moins large du nord-ouest à compter de jeudi.
Pour rappel, un risque n’est pas une certitude, il permet d’anticiper la survenue d’un phénomène dangereux.
Un cycle infernal !
La carte montre la hauteur moyenne du géopotentiel pour la totalité de la semaine à venir, d’après le modèle GFS.
La hauteur du géopotentiel moyennée sur la semaine est révélatrice des condition d’altitude :
une crête s’étend du Sahara au Danemark, marquant une masse d’air chaud, air subtropical continental, en altitude.
Cela a plusieurs conséquences :
– les conditions sont anticycloniques : l’air tend à descendre (= subsidence?) vers la surface où les niveaux de pression sont plus élevées. Cela entraîne sa compression, donc un échauffement supplémentaire, et son assèchement, donc des nuages inexistants ou moins nombreux pour filtrer le rayonnement solaire vers la surface.
– la chaleur accumulée en surface (près et au sol) s’élève naturellement par convection tandis que l’air à plus haute altitude, plus frais, descend. Comme une casserole d’eau que l’on chauffe. La masse d’air est ainsi brassée même en l’absence de vent?. L’air très chaud au sol s’évacue vers le haut. Cela est vrai tant que le gradient thermique vertical (la vitesse de décroissance de la température en montant en altitude) est suffisant. En-deça, la convection s’arrête jusqu’à ce que la température en surface a franchi un seuil supplémentaire. Et ainsi de suite.
L’effet redoutable ici est l’augmentation de la température en altitude : plus l’air en hauteur se réchauffe, plus le gradient thermique vertical diminue par rapport au sol déjà surchauffé, donc la convection est inhibée. Il faut une hausse supplémentaire du mercure en surface pour réenclencher la convection.
Nous avons ainsi un mécanisme implacable :
– en altitude, l’air se réchauffe doublement : par advection constante d’air chaud depuis l’Afrique ; par compression en raison du caractère anticyclonique / subsident ;
– toujours en altitude, l’air déjà sec au départ, s’assèche davantage par compression : les nuages seront inexistants ou insuffisamment efficaces pour limiter le rayonnement solaire, maximum au solstice d’été, parvenant au sol ;
– en surface, ce fort rayonnement solaire (attention aux risques d’insolation et de coups de soleil !) échauffe le sol et l’air près du sol par conduction. Cette chaleur s’évacue de plus en plus difficilement vers le haut.
– toujours en surface, ce sol plus chaud accroît le taux d’évaporation et donc sa capacité à se refroidir, comme la sueur, en s’évaporant, diminue la température de la peau. Le contenu en eau du sol s’épuise et il se refroidit de moins en moins aggravant le déficit (en plus de limiter les accès à l’eau de la végétation qui devient moins efficace pour lutter contre la chaleur et pour sa survie (hausse du stress hydrique)).
La moyenne de la semaine montre des conditions anticycloniques près du sol, proches de 1020 hPa, avec un gradient très lâche.
Un élément pouvant modérer ce cercle infernal est le vent. En effet, il brasse l’air et ses turbulences autorisent aussi l’arrivée d’air plus frais issu des hauteurs.
Le vent dépend directement du gradient de pression. Celui-ci est entrevu lâche, voire très lâche sur le sud du pays. Le vent serait ainsi globalement calme à très faible, hormis sur une frange nord-ouest où il serait un peu plus présent.
Comment casser ce cycle ?
Nous avons à notre disposition deux éléments atmosphériques :
– les orages ;
– les changements de configurations synoptiques.
Les orages sont des machines thermiques particulièrement efficaces pour transporter l’air verticalement. Issus directement de la convection, ils en multiplient les effets. Ici, l’apport d’humidité dans les basses couches de la troposphère est crucial pour leur développement.
– en s’élevant, l’humidité se condense en nuages, masquant le soleil et limitant la hausse du thermomètre ;
– cette condensation booste la convection ;
– les forts courants ascendants au sein de l’orage sont accompagnés de forts courants descendants ;
– les pluies s’évaporent partiellement en tombant. L’évaporation étant une transformation endothermique, la température de l’air ambiant baisse ;
– de la même façon, les pluies tombées humidifient le sol. Cette humidité résiduelle s’évapore et le refroidit ainsi que l’air proche de lui.
En revanche, la hausse de l’humidité peut provoquer un fort inconfort en journée (temps (très) lourd) et/ou la nuit qui n’est plus réparatrice, fatiguant les organismes.
Les changements de configurations synoptiques permettent l’irruption d’une masse d’air aux caractéristiques différentes. Par exemple, une masse d’air océanique plutôt que continental, une masse d’air subpolaire plutôt que subtropical, ou encore un mix des deux. Ils brisent alors le cycle, généralement par deux vecteurs :
– de l’air plus frais en altitude, autorisant une convection plus forte et/ou un voile nuageux plus dense ;
– de l’air plus humide en basses couches accompagné d’une levée du vent.
Si l’apport humide est suffisant, alors les orages interviennent dans le processus de fin de la vague de chaleur ou de canicule.
L’humidité est donc un facteur important. Pour l’illustrer, les conditions prévues à 2 mètres du sol par le modèle AROME de Météo-France sont parlantes.
Plus le point de rosée est bas, plus l’air est sec. Les zones d’air sec coïncident avec les zones de températures les plus élevées.
Surveiller les points de rosée au jour le jour serait un indicateur de l’inconfort potentiel et de l’intensité de la chaleur à venir.
Ceux-ci peuvent être suivis en temps réel sur Infoclimat.
Le thalweg et la dorsale ne sont plus placés au même endroit sur leur simulation respective. Le temps résultant ne serait pas le même.
Les lignes noires représentent la hauteur du géopotentiel à 500 hPa, les lignes blanches, la pression réduite au niveau de la mer, les plages de couleur sont l’épaisseur de la moitié inférieure de la troposphère. Plus cette dernière est épaisse (vers le brun), plus l’air est chaud, plus elle est fine (vers le bleu foncé), plus l’air est froid.
Les orages nécessitent un air relativement plus frais en hautes altitudes et un apport d’humidité en basses couches.
Les simulations ne sont pas encore précises pour évaluer les possibilités orageuses. Par exemple pour le week-end, les positions des advections fraîches et humides (flèche bleues) et chaudes et sèches (flèches rouges) ne coïncident pas parmi les modèles numériques de prévision du temps. GFS est favorable à des orages sur une moité nord-ouest, ICON les réduit à une petite frange nord.