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Des orages le 28 mai, de la Provence au nord de l’Italie
samedi 30 mai 2026, par
Les orages sont présents dès l’aube en Italie. Descendus de Lombardie, la plaine du Pô leur assure une nouvelle alimentation humide. Ces conditions favorables leur ouvrent une nouvelle vigueur sur l’Émilie-Romagne et le nord de la Toscane.
Côté français, il faudra attendre la mi-journée pour voir les premiers cumulonimbus éclore.
Les orages se régénèrent sur l’Émilie-Romagne et l’Ombrie tandis que les anciennes cellules de la nuit s’évaporent du côté du Latium.
Au-dessus de la vallée du Rhône et des Alpes, une légère concavité dans la trajectoire des vents est discernable. Elle marque localement une courbure cyclonique de l’écoulement.
La configuration est simple en altitude : une dorsale subtropicale est en place sur le proche-Atlantique et l’ouest de la France, remontant vers l’Écosse. Elle apporte sur l’Europe des températures historiquement élevées pour une fin mai. Sur le nord-est de l’Europe, un thalweg amène une masse d’air froide, se dirigeant vers la mer Noire.
Cette progression vers la mer Noire amènent les températures en moyenne troposphère (500 hPa) à baisser légèrement sur l’Adriatique et l’Italie alors qu’elles résistent sur la Méditerranée occidentale. Cette baisse accentue le lapse rate vertical (gradient thermique), facteur important pour les développements orageux.
Les chiffres en rouge (en vert) sont les températures (les points de rosée) observées à 2 m du sol. La direction du vent? est représenté par la hampe et le drapeau en bleu.
Les lignes noires sont les isobares (lignes d’égale pression au niveau de la mer) et les pointillés rouges sont les hauteurs du géopotentiel à 500 hPa.
En surface, Le secteur est dominé par un anticyclone au nord, par une dépression au sud.
De Valence (Espagne) à Toulon, les côtes sont soumises à un vent? de terre, de Toulon à Rome, un brise marine les alimentent en humidité. Il en va de même sur celles de l’Adriatique. Les points de rosée y sont plus élevées.
Les Apennins offrent un forçage naturel à l’air en basses couches. En effet, l’air humide venu de la mer (Tyrrhénienne et Adriatique) grâce aux brises est contraint de s’élever le long des pentes de la chaîne. Au fur et à mesure de son ascension, il se refroidit, la vapeur d’eau se condense et les nuages se forment.
La convection profonde s’en trouve renforcée.
Les points de rosée franchissent les 20°C sur la plaine du Pô, le sud de la Toscane, autour du golfe de Gênes, les vallées de l’Argens (est-Var) et du Var (Alpes-Maritimes).
Les vents? s’orientent des parties basses (mer ou plaine) vers les cimes des massifs.
Les vallées du Var et de l’Argens sont des débouchés naturels pour l’humidité méditerranéenne de surface. La première, en y ajoutant la vallée de la Tinée, offre une porte d’entrée vers les hauts sommets frontaliers et les Préalpes. La seconde, entre Maures et Estérel, autorise une advection humide vers les chaînons provençaux intérieurs.
À la mi-journée, la concavité en altitude, traduisant une courbure locale cyclonique du flux d’air, observée le matin au-dessus de la vallée du Rhône (ci-dessus), s’engage au-dessus des Alpes du sud. Advectant un peu de vorticité positive, elle favorise sur le secteur les ascendances?, servant de relai à la convection initiée par l’orographie vers les hautes altitudes (8 à 10 000 mètres et plus). Les cumulonimbus peuvent alors croître rapidement et donner les premiers orages.
Autour des cellules elle-mêmes dont la partie supérieure est composée de cristaux de glace, les cumulus d’alimentations apparaissent en amont du déplacement apparent (côté ouest). En voilet, ils sont composés d’un mélange de gouttelettes d’eau liquide et de cristaux de glace en raison d’une épaisseur encore modeste.
Enfin, près de la Côte d’Azur, les nuages bancs de nuages bas, en jaune semi-transparent, témoigne de l’humidité potentielle advectée.
Les observations sur la verticale, réalisées par ballon-sondes de part et d’autre de la frontière, montrent les conditions précises existantes.
À Ajaccio, le sondage indique un lapse rate modeste en basses couches, honorable en moyenne troposphère (le lapse rate en conditions normales est de l’ordre de 6.5 K/km ; au-dessus, il avantage les ascendances). La CAPE est l’énergie potentielle de convection disponible. Elle est élevée (2500 J/kg), le maximum (MU) étant en surface (SB) et non au sommet de la couche de mélange (ML). À l’inverse, la CIN, l’énergie d’inhibition de la convection, est modérée : il faudra un forçage pour la vaincre et enclencher la convection. Le relief corse aurait pu jouer ce rôle.
On s’aperçoit que les conditions sont proches de celles décrites numériquement pour la Méditerranée occidentale, plus discordantes pour une convection profonde.
En rouge, la courbe d’état, celle des températures mesurées. En vert, celle de l’humidité.
À Cuneo, côté transalpin, les conditions sont nettement plus favorables.
Le lapse rate est élevé, la CAPE est présente, la CIN est plus faible mais suffisante pour ralentir le début de la convection, l’humidité est bien présente (RH et MIXR). L’indice de soulèvement (LI) est à -6 (inférieur à -2, il est considéré comme favorable aux orages).La quantité d’eau précipitable instantanée s’élève à 28 mm.
Le niveau d’équilibre (ML EL pour Equilibrium Level) est à près de 12 km d’altitude : c’est l’altitude où cesse les conditions d’ascendances de l’air, celles-ci continuant au-delà par l’énergie acquise avant de redescendre et d’osciller autour de cette altitude d’équilibre.
La DCAPE, permettant d’estimer le potentiel de rafales descendantes par exemple, est haut.
À Novara, toujours en Italie à l’extrémité ouest de la plaine du Pô, les conditions sont encore plus favorables. L’absence de CIN rend la convection active quasi-immédiate, contrairement à Cuneo par exemple. Avec un lapse rate un peu plus haut encore, les autres paramètres sont similaires.

